You can't stop the Music playin'on ( ou petit voyage dans no

Pour parler de musique, de cinéma, de peinture etc. Une seule rubrique par thème, SVP...
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Jerk
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Re: You can't stop the Music playin'on ( ou petit voyage dan

Message par Jerk » dim. 14 oct. 2012 13:15

Dernier message de la page précédente :

S.S.S. a écrit :Faut le "fer" !
:shock: Si après SSS, même Bob Dylan s'y met ... ! :shock:

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S.S.S.
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Re: You can't stop the Music playin'on ( ou petit voyage dan

Message par S.S.S. » dim. 14 oct. 2012 15:29

:mdr01:
Pour qu'il y ait le moins de mécontents possibles il faut toujours taper sur les mêmes :clown:

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Back Door Man
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Re: You can't stop the Music playin'on ( ou petit voyage dan

Message par Back Door Man » dim. 14 oct. 2012 17:45

SSS c'est Bob Dylan ? :shock: :suspect:
Show me the way, to the next whiskey bar
Oh, don't ask why, Oh, don't ask why

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Boy
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Re: You can't stop the Music playin'on ( ou petit voyage dan

Message par Boy » dim. 14 oct. 2012 23:28

:shock: Non, lui c'est "dit l'âne"... :mdrbis: :w:
"La montagne, couverte d'une jungle épaisse semblable à un tapis de caoutchouc mousse, glissa sous le ventre brillant du Mitchell... Et tout à commencé.

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Guy Bonnardeaux
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Re: You can't stop the Music playin'on ( ou petit voyage dan

Message par Guy Bonnardeaux » lun. 15 oct. 2012 18:33

..et voici la suite, amis lecteurs ...

Arrivé à ce point de mes bons souvenirs et petites analyses, j’aimerais consacrer quelques réflexions sur trois sujets qui ont leur importance dans notre histoire du pop-rock …. La longue marche du peuple afro-américain et l’impact indubitable de sa musique, l’influence des écrivains de la Beat Generation et celle d’un mouvement de jeunesse étonnant qui agitait le milieu et la fin des années soixante … Toutes choses qui ont marqué la musique et les musiciens comme ceux qui comme moi les écoutaient et les écoutent encore avec une passion qui ne s’est jamais démentie …

I’m black and I’m proud …

La musique est le reflet, le son de l’époque durant laquelle elle est créée, fruit de l’inspiration, du talent et de la culture des musiciens qui la composent.

Elle est l’air du temps. Elle veut nous raconter ce qui est attachant comme ce qui va de travers dans la société au sein de laquelle vie lui est donnée. Elle évoque les joies, les peines, les désirs, les interrogations de ses créateurs qui deviennent ainsi porte-paroles de leurs contemporains, des mouvements sociaux ou philosophiques du temps et évoquent en rondes et blanches limpides la douceur de vivre ou en croches, double-croches, triple-croches sur tempi rageurs la révolte que génèrent les inégalités comme les injustices.

La musique est un langage universel.

Le Dylan des débuts dénonce les crimes racistes, le cynisme des marchands de canons, les folies meurtrières de l’homme du XXème siècle et Barry McGuire hurle sa terreur de l’apocalypse nucléaire … Ils disent la vérité, ne la travestissent pas, ne l’atténue pas parce qu’il faut que l’auditeur sache, qu’il prenne conscience, qu’il réagisse. Leur démarche est identique à celle de Chopin dont les notes et les accords pleurent sur le clavier les malheurs de sa Pologne natale.

Les premiers bluesmen – nous consacrerons un gros chapitre au blues un peu plus tard – les premiers chanteurs, communicateurs de cet idiome né du mariage des chants anciens, des complaintes de travail et du gospel, parlent de la détresse du peuple afro-américain de la même manière que les jazzmen free comme Albert Ayler, Archie Shepp ou Sonny Murray cassent les schémas musicaux traditionnels pour crier leur haine de la ségrégation, des ghettos, de Jim Crow, du racisme, du Ku-Klux-Klan … Ils nous disent avec violence ce déchirement qui les mine, de génération en génération, que demeure l’exil de leurs ancêtres, forcés par l’homme blanc à quitter la terre d’Afrique … Ils nous disent aussi leur fierté d’être noir, black is beautiful, I’m black and I’m proud

Les chanteuses et chanteurs comme Aretha Franklin, James Brown, Otis Redding ne font pas autre chose que de perpétuer cet esprit de lutte du peuple noir américain et tant mieux si leurs disques ont connu et connaissent encore un succès commercial mérité. Ce succès ira d’ailleurs grandissant à partir du moment où les majors de l’œuvre enregistrée verront l’intérêt qu’elles ont à exploiter tant et plus le talent de ces artistes de couleur et les pousseront parfois à évoluer vers des expressions passe-partout comme le disco.

Mais si la musique change, évolue, bien ou mal, l’esprit demeure le même.

Juste retour des choses que cette réussite pour tous ces musiciens noirs dont le patrimoine fut allégrement pillé par leurs confrères blancs, parfois sans état d’âme, cependant que les créateurs originaux étaient maintenus en seconde zone par l’industrie discographique et les organisateurs de spectacles.

Dans les débuts du jazz – sur cette grande musique également nous écrirons ici de nombreuses pages dans quelques chapitres – ce ne sont pas les noirs, les inventeurs qui ont la possibilité de faire connaître les styles qu’ils inventent au grand public mais bien des orchestres blancs.

L’Original Dixieland Jass Band – Jass avec deux « s » - est la première formation à enregistrer un disque de jazz en 1917. Tous les musiciens, originaires de New-Orleans sont blancs. Ce sont eux qui feront connaître Tiger Rag … Et par la suite, même si les jazzmen noirs ont la possibilité d’enregistrer, ils n’ont pas accès à la même diffusion que celle que l’on réserve aux orchestres blancs.

Dans les années vingt, ce sont toujours des musiciens blancs qui font connaître cette musique, comme le talentueux Bix Beiderbecke qui, parti de Davenport en Indiana, avait tout compris de ce courant, tout assimilé et influencera le style dit Chicago en poussant dans le même temps ses recherches vers d’autres territoires musicaux, très ambitieux parfois, comme l’atteste sont célèbre solo de piano In A Mist

Il me faut être très clair pour éviter toute méprise. Tous ces musiciens blancs n’étaient pas d’ignobles racistes, bien au contraire. Ils jouaient avec leurs compères de couleur. Je vous raconterai d’ailleurs plus tard l’histoire extraordinaire du merveilleux Milton Mezz Mezzrow, clarinettiste blanc, juif et qui a tant fait pour les Armstrong, Bechet, Ladnier et les autres … C’était l’industrie, l’establishment qui étaient ségrégationnistes et à la mesure de ce que ressentait hélas beaucoup de monde dans cette Amérique blanche.

Au cours des décennies suivantes, les années 30, 40, 50 … le jazz des musiciens noirs est abondamment enregistré et disponible mais le gros battage commercial, celui qui est privilégié sur les ondes radiophoniques demeure blanc. Tout comme les orchestres – de haut niveau – bien diffusés comme ceux de Benny Goodman, Tommy Dorsey ou Glenn Miller. Leur swing, la musique de danse tiennent le haut du pavé même si Count Basie et Duke Ellington connaissent la réussite.

Les big bands passent fréquemment à la radio et y assurent souvent leurs propres programmes. Ils connaissent ainsi la célébrité dans tout le pays et au-delà.

Dans l’Amérique de l’époque, les idées étant ce qu’elles sont, l’homme blanc doit dominer, il pense qu’il est supérieur. Dans les états du sud, les restaurants sont séparés, les trottoirs aussi, il y a les toilettes white only et celles pour coloured people. Ces derniers doivent regagner leurs ghettos à la tombée du soir. Et le KKK veille …


Les Afro-américains qui luttent pour la reconnaissance de leurs droits élémentaires sont confrontés à une fin de non-recevoir, à la violence, à la haine. Il faut attendre les mouvements structurés pour l’intégration pour que la lutte gagne en puissance, en efficacité. Et surtout pour que la connaissance de cet état de chose sorte des frontières des états et même du pays.

Quelques figures marquantes sont demeurées dans ma mémoire. Elles ont marqué mon enfance et mon adolescence par la suite ...

Je pense à Rosa Parks qui en 1955 ose refuser de céder sa place à un blanc dans le bus de Montgomery en Alabama. Elle est arrêtée et condamnée à 15 $ d’amende. Elle va en appel et un jeune pasteur de 26 ans, Martin Luther King lance alors une campagne de boycott contre la société des bus - qui durera près d’un an - pour aboutir enfin en 1956 à la fin de la loi de ségrégation dans les bus, décision prise par la cour suprême …

James Meredith, premier étudiant noir qui après des mois d’émeutes réussit à intégrer l’université du Mississipi réservée aux blancs. Il passera ses études sous protection policière et sera même blessé par un sniper…

Martin Luther King bien entendu que nous venons d’évoquer dans l’affaire Parks et qui devient vite le symbole de la lutte contre la ségrégation. Il conduit la marche sur Washington à laquelle participent Joan Baez, Dylan et nombre d’artistes engagés. King est une icône, I had a dream … Il périt sous les balles d’un assassin à Memphis.

John F. Kennedy et son frère Bob qui portent à bout de bras la reconnaissance des droits civiques pendant les trop courtes années de présidence de John et la campagne avortée de Bob, assassiné lui aussi …

Mais il y a encore tous ces inconnus dont les noms ne sont pas parvenus jusqu’à nous, tous ceux qui sont morts sous les coups des racistes du Klan ou d’autres tenants de la haine. Et toutes ces émeutes comme celles de Watts …

Que ce changement fut lent à s’opérer ! Qu’il fut donc pénible de modifier le cours des choses, d’établir le droit, de mettre tous les Américains sur pied d’égalité, quelle que soit leur couleur de peau !

Les noirs américains n’étaient pas des illégaux. Ils étaient Américains depuis que les ancêtres de ceux-là mêmes qui refusaient de leur accorder leurs droits avaient obligés leurs aïeux à les servir …

Cette lenteur a évidemment donné naissance à des mouvements plus radicaux que celui du pasteur King, des groupes plus violents comme celui de Malcom X – dont le père avait été assassiné par le KKK – et les Black Muslims ou les Black Panthers.

Une lenteur qui explique, dans le domaine artistique, l’irruption dans les années soixante du jazz free ou new thing dont les adeptes bousculent les structures d’écriture et d’harmonie traditionnelles pour inventer une nouvelle musique, difficile, qui explose dans des morceaux d’une longueur souvent interminable et occupent les faces complètes des microsillons, souvent du label Impulse. Ces disques sont la hargne, la puissance revendicatrice, la colère, le désespoir, l’ode à l’Afrique de ces musiciens littéralement en guerre.

Pourtant à l’époque du free, le musicien de jazz traditionnel – dans le sens où il ne joue pas de la new thing mais du bop, du cool, … - est reconnu. Enfin. Les divers courants du jazz sont enregistrés et diffusés. L’Europe a de tous temps été un continent de choix pour ces musiciens qui y ont toujours été appréciés. Il y a toujours eu une tradition d’écoute chez nous pour le jazz, qu’il soit interprété par des blancs ou des instrumentistes de couleur. Les catalogues des maisons de disques sont fournis et les grandes figures comptent des bataillons d’inconditionnels. Après Armstrong, Bechet et le jazz traditionnel, ce sont les Charlie Parker, Thelonious Monk, John Coltrane, Charlie Mingus et surtout Miles Davis qui portent cette musique de plus en plus loin et osent toutes les expériences.

Mais que le chemin fut donc long et difficile …

Il faut cependant reconnaître qu’à la grande époque du swing, certains chefs d’orchestres blancs avisés intègrent des jazzmen noirs à leurs ensembles. Pour faire bonne mesure parfois mais surtout parce qu’ils savent reconnaître et apprécier les talents et les potentiels. Je pense à Benny Goodman qui – dans son cas pour lutter aussi à sa manière contre la ségrégation – fait connaître au monde le guitariste innovateur Charlie Christian, musicien considéré par ses pairs comme un génie de la six cordes et de l’arrivée de l’électricité. Précurseur pour beaucoup de Jimi Hendrix. Ou le vibraphoniste et batteur Lionel Hampton …

Les Afro-américains ont apporté le rythme, le jazz, le blues, la note bleue, le rythm’n blues, quantités de trouvailles, à la musique populaire. Tous ces mélanges, mâtinés parfois de country et de folk, ont enfanté le rock, colorisé le psychédélique, dynamisé la pop …

Nous ne leur serons jamais reconnaissants à suffisance pour tout ce qu’ils nous ont donné …


L’influence Beat

Au-delà des notes, des styles, il faut aussi la poésie des mots pour créer des chansons qui marquent, qui retiennent l’attention, qui diffusent un message, qui apportent du rêve et du bonheur …

Beaucoup d’auteurs des années soixante – et je citerai une fois encore Bob Dylan – s’enthousiasment à une époque pour le mouvement littéraire dit Beat Generation qui les a précédé et dont les thèmes, l’écriture représentent de nos jours un monde bien particulier, parfois exaspérant, souvent fascinant. Important de toute manière.

Herbert Edwin Huncke est à l’origine de l’adjectif beat.

Huncke était un écrivain pionnier des droits des homos, drogué et criminel à temps partiel. Après le débarquement de Normandie auquel il participe, il rentre à New York où il devient une célébrité au point d’y être connu sous le sobriquet de maire de la 42ème rue. Sur Times Square il rencontre une autre figure complètement dingue du mouvement, l’auteur William S. Burroughs qui essaie ce jour-là d’y vendre rien moins qu’ un fusil mitrailleur et des seringues … C’est dans ces circonstances étonnantes que les deux hommes se lient d’amitié. Huncke qui est aussi lié à la chanteuse Billie Holiday, au saxophoniste Charlie Parker et à Dexter Gordon fait partie des personnages mis en scène dans les livres de Burroughs. Parfaitement fidèle et droit en amitié, il refuse de dénoncer ses complices dans une triste affaire dont il est le seul condamné, ce qui lui fera dire qu’il fallait bien qu’il y en ait un qui paie pour les autres …

Il écrit un autobiographie Guilty for everything ( coupable de tout ) dans laquelle il raconte nombre d’histoires, d’anecdotes sur sa vie d’errance, sur New York, sur la 42ème rue. Il est immortalisé par Jack Kerouac dans Sur la route sous le pseudonyme de Elmer Hassel dans la version officielle du livre et sous son patronyme correct dans la version longue originale enfin sortie il y a quelques années.

Une dernière anecdote sur Huncke qui m’interpelle. Il passera les dernières années de sa vie en tant que résident au célèbre Chelsea Hotel, son loyer y étant assuré par .. Jerry Garcia et Grateful Dead .. qu’il n’a jamais rencontrés !

Pour Howard Huncke, un beat est un hobo, un vagabond qui voyage clandestinement à bord des trains de marchandises. Un SDF, une sorte de bohémien dans le sens de quelqu’un qui voyage, qui bouge sans cesse, un libertaire.

En argot américain, beat signifie aussi fatigué, cassé et selon J.C. Holmes, au bout du rouleau. Jack Kerouac fait quant à lui référence au mot français béatification et bien entendu au rythme du cœur, au tempo du jazz, de la batterie …

Souvenons-nous du travail de réflexion de John Lennon pour passer de Beetles ( scarabées ) à Beatles, en privilégiant ainsi le jeu de mots.

Le 2 avril 1955, le mot beatnik est apparu pour la première fois sous la plume d’un certain Herb Caen dans le San Francisco Chronicle. Il voulait désigner ainsi la jeunesse non conformiste, chevelue, barbue … par opposition aux squares, les gens rigides. Nous assisterons au même mécanisme plus tard lorsqu’on distinguera les hippies des straights. Mais la démarche de Caen est aussi relativement tordue parce qu’il mélange beat à sputnik, mot russe pour faire beatnik, une manière de faire croire – nous sommes dans les années cinquante avec McCarthy et ses ravages – que les artistes beat sont communistes…

Jack Kerouac, Allen Ginsberg, William Burroughs sont les premiers grands noms du mouvement, né donc à New York dès les années 40. Le célèbre Sur la route de Kerouac raconte d’ailleurs des errances se situant entre 1947 et 1949.

D’autres viendront grossir les rangs de cette communauté littéraire et libertaire particulière au cours de la décennie suivante comme Gregory Corso, qui vécut à Hydra en Grèce comme Leonard Cohen … De la côte ouest, à San Francisco, viennent Lawrence Ferlinghetti, Kenneth Rexroth, Gary Snyder, Michael McClure, Philip Whaler, Lew Welch.

Citons encore l’éditeur Lucien Carr – alias Kenneth Wood dans la première version éditée de Sur la route – compagnon de Ginsberg et Kerouac à l’université de Columbia parce que c’est lui qui présentera ses deux comparses à Burroughs. Quand à Hal Chase, il a introduit Ginsberg à Greenwich Village où le poète est devenu la figure que l’on sait.

Accoler à beat le terme generation est en quelque sorte une manière de donner de l’importance au courant puisqu’on fait ainsi référence à la lost generation, la génération perdue qui désigne dans les années 20, toute une série de grands écrivains américains dont beaucoup se retrouvent à Paris où ils fréquentent la Coupole et d’autres lieux célèbres durant l’entre deux-guerres : Ernest Hemingway, John Steinbeck, Gertrude Stein, John Dos Passos, Ezra Pound, Waldo Pierce, T.S .Eliot, Sylvia Beach … sans oublier celui qui peut être considéré comme leur chef de file, F. Scott Fitzgerald.

A noter que génération perdue n’a rien de tragique comme le montre Hemingway dans les pages de Paris est une fête …

Et donc, à l’instar de leurs illustres devanciers, les écrivains beat deviennent membres d’une génération et un mouvement artistique reconnu, qui compte, qui marque toute une époque.

Les beat ont ébranlé la société américaine. Ils sont, sans contestation possible, à l’origine de bien des mouvements contestataires, des hippies, de ce qui fut défini comme la contre-culture ( culture alternative serait à mon sens plus correct ).

Leurs livres sont des odes à l’amitié, aux voyages, aux rencontres, à la défonce, à la liberté … Il y a toujours quelque part un autre beat, un ami, une relation, disponible, quelqu’un qui est prêt à aider, à héberger, à accompagner en virée. Si les écrivains beat sont adeptes d’alcool, de substances planantes, de sexe, de musiques et de fêtes, ils sont avant tout de grands voyageurs. Ils traversent les Etats-Unis d’est en ouest et du nord au sud. Ils visitent le Mexique, l’Amérique du Sud, l’Afrique, l’Europe … Toujours à la recherche de découvertes, de sensations, de rencontres nouvelles ou pour rejoindre tel ou tel membre de la communauté.

Ils privilégient le jazz bop et cool, les prises en stop, la nature .. Le mythe des pionniers, une admiration sans bornes pour les grands espaces américains …

On the Road/Sur la route de Jack Kerouac est incontestablement le livre à lire pour qui veut découvrir ces hommes, leurs voyages, leurs pensées. Il en existe deux versions. La première et officielle connue depuis tant d’années, écourtée et dont les personnages mis en scène ( Kerouac, Cassady, Burroughs, Ginsberg, Huncke … ) portent tous des pseudonymes et la version longue, complète, sortie il y a quelques années et dans laquelle chacun est désigné sous son patronyme exact.

Le style est particulier. Certains l’ont défini comme une littérature de l’instant, une sorte d’écriture automatique dont on ne peut arrêter la lecture. La légende veut que sur le rouleau original – en fait Kerouac avait collé des feuilles une à une pour écrire son livre formant ainsi un long rouleau devenu une pièce mythique – l’auteur n’ait utilisé aucune ponctuation, ni point, ni virgule. C’est totalement faux mais cela définit bien dans quel esprit de rapidité, de rythme l’écrivain voulait raconter ses souvenirs.

Dans le livre, Jack évoque beaucoup – c’est lui la vedette – son ami Neal Cassady, image vivante du héros américain qui ne connait pas les frontières, s’enthousiasme de tout et de rien, conduit toutes sortes de voitures avec brio, séduit un nombre incalculable de filles, va et vient, est une vedette du chemin de fer de Frisco, …Il était courant à l’époque de ramener les voitures de certaines personnes à leur demande d’un endroit à un autre et Neal comme Jack ne se privent pas de ces opportunités pour virevolter d’une ville à l’autre avec force passagers, rencontres, haltes dans des endroits improbables …

Neal Cassady – Dean Moriarty dans la première version – réapparaitra plus tard dans un autre bouquin célèbre consacré par Tom Wolfe à l’Acid Test de Ken Kesey, le leader des Merry Pranksters qui mènent leur bus coloré psychédélique dans tous les endroits où il se passe quelque chose avec l’intention de réaliser un film-vérité interminable.

Kerouac parlera encore longuement de Neal dans un autre livre Visions de Cody, moins percutant à mon sens que Sur la route.

Je ne peux par contre que conseiller aux intéressés la lecture de quelques autres ouvrages dans lesquelles ils retrouveront cet esprit beat, la route et toujours, sous des noms d’emprunt parfois, ces célébrités du mouvement.

Allen Ginsberg quant à lui s’est fait connaître par le long poème Howl retiré à l’époque de la vente pour obscénité et langage cru … Une sanction levée par la suite. Le poète considéré par le FBI comme dangereux pour la sécurité. John Lennon connaîtra plus tard les mêmes problèmes sous l’ère des sbires de Nixon.

Ginsberg était bouddhiste hindouiste ( Carnets indiens ), opposé à la guerre du Vietnam et aux discriminations. Il voulait rapprocher le jazz et la pop, les beatniks et les hippies. Il existe énormément de photos de lui présent à tous les évènements d’importance, avec Dylan, avec les Beatles … Il était proche du pape du LSD, Timothy Leary.

William Burroughs est l’auteur de romans hallucinés mêlant drogue, homosexualité, anticipation et utilisant la technique du cut-up soit créer un texte à partir de fragments de toutes origines ( littérature, presse, catalogues), découpés et remontés à sa guise … Il voulait ainsi révolutionner la littérature à l’image de la peinture bousculée lors de l’arrivée de l’abstraction. Il a tué sa femme par accident en voulant imiter Guillaume Tell … Il est présent parmi les personnages rassemblés sur la photo de pochette de Sgt Pepper’s des Beatles et l’un de ses livres est à l’origine du nom choisi par le groupe Soft Machine…

Ken Kesey étudiait la littérature à Stanford et s’était porté volontaire pour le programme de recherches de médicaments mis en place par le gouvernement américain à l’hôpital de Mehlo Park afin de tester les effets du LSD, légal à l’époque, et ceux d’autres substances comme la psilocybine, la mescaline, … Il a décrit toutes ses expériences aux chercheurs et en a même tiré un roman célèbre, One Flew over the Cuckoo’s Nest ou Vol au-dessus d’un nid de coucou dont l’industrie cinématographique a fait un succès avec Jack Nicholson.

Ken Kesey a aussi conduit ses propres expériences avec la volonté de changer la société. En 1960, il rencontre Neal Cassady – rendu célèbre par Jack Kerouac – et investit les royalties de son roman dans la fondation des Merry Pranksters dont Cassady devient le chauffeur du bus coloré. Ce sont ces Merry Pranksters qui ont influencé les hippies des années 60 à San Francisco par leurs vêtements, les couleurs fluos, leur façon de vivre …

En 1966, Il dénonce les dangers du LSD mais cela ne change malheureusement rien à ce qui est en train de se passer à San Francisco et ailleurs …

Il est incontestable que la beat generation a exercé une influence sur certains musiciens rocks. Il n’était donc pas inutile de lui consacrer quelques pages…

Et puis,
Le rock a toujours côtoyé des mouvements de toutes sortes, les adeptes de ces mouvements se revendiquant souvent de la musique. Parmi eux, il en est un qui fut remarquable parce qu’il a laissé un héritage social évident …

Les provos d’Amsterdam 1965-1970

A l’époque, une folie urbanistique s’était emparée de la ville d’Amsterdam. Des quartiers entiers étaient démolis. Ces démolitions suscitaient la révolte de groupes d’habitants et de comités de quartier. Un évènement mondain devait au surplus venir attiser le feu naissant, le mariage de Beatrix, actuelle reine des Pays-Bas avec Claus vom Arnsberg qui avait fait partie de mouvements de jeunesse hitlériens en Allemagne.

Des manifestations de chevelus anti-vom Arnsberg se multipliaient et s’ajoutaient au fait que le contexte économique favorable de l’époque donnait naissance, comme dans beaucoup de villes, à toutes sortes de velléités contestataires anti-capitalisme, anti-urbanisation, anti-guerre au Vietnam … Ces évènements étaient bien de leur époque. Ils eussent été différents si le contexte général avait été celui que nous connaissons de nos jours…

Mais c’est de tout cela qu’est né le mouvement Provo. Anarchiste, écologique, contestataire.

En 1965, les Pays-Bas connaissent, comme les autres pays européens, une croissance économique sans précédent. Les baby-boomers ont 15-20 ans, ils veulent la liberté sexuelle, ils refusent l’ordre établi, aiment les musiques du temps.

Tous ces jeunes qui se revendiquent de l’anarchie font aussi référence à un mouvement artistique d’après-guerre qui s’est appelé jusqu’en 1951 le groupe Cobra. Ses membres refusaient la culture rationaliste occidentale et l’exprimaient par leur art … ce qui ne les a pas empêché de devenir célèbres dans le monde entier. Pierre Alechinsky, Jan Niewerhuys, Pol Bury, Henry Heerup …

Et donc, ces artistes qui s’élevaient contre toutes les disciplines et la hiérarchisation de la société industrielle étaient quelque part le provotariat qui aspirait à une société ludique …

Les provos se sont d’abord multipliés à Amsterdam pour gagner par la suite tout le pays et même la Belgique du nord ( par communauté de langue ). Ils étaient contre toute violence ( même si les manifestations dégénéraient souvent en batailles rangées ), dénonçaient la guerre qui se déroulait au Vietnam, veulaient aider le tiers-monde à s’épanouir et à évoluer, critiquaient la monarchie, l’arrivée de vom Arnsberg et attaquaient la spéculation immobilière. Ils étaient pour une société nouvelle tournée vers la solidarité.

Ce qui est remarquable c’est qu’ils ne se contentaient pas de contester, de dénoncer, une activité somme toute à la mode l’époque. Ils agissaient. De manière concrète. Ils créaient des choses nouvelles. Ils écrivaient leurs idées aussi et leurs publications iront jusqu’à compter plus de 90.000 lecteurs fidèles …

Ils inventèrent les plans blancs. Les bicyclettes blanches par exemple. Des vélos déposés partout en ville et à la disposition de tout le monde. Pour rappel nous sommes en 1965 … Une manière intelligente de lutter contre la pollution, déjà, et aussi de remettre en question une fois de plus la notion de propriété privée.

Les provos voulaient éveiller la conscience des gens. On ne compte plus les affiches qui annonçaient toutes sortes de happenings, d’occupations de logements vides, signalés par des cheminées blanches.

Ils présentèrent même des listes aux élections municipales d’Amsterdam en 1966 et proposèrent une politique de rechange sur tous les plans : sociologique, pédagogique, urbanistique. Une politique de la vie quotidienne proche des gens et par les gens, acteurs de la société urbaine.

Il ne fait aucun doute que les provos ont inspiré une partie de la contre-culture européenne et américaine qui suivra. Il y a du provo dans mai 68 et dans les évènements de Prague de l’ère Dubceck.

S’ils obtiennent 5 sièges en 1968, ils se rendent de suite compte que le mouvement s’est autodétruit en participant à des élections.

Pourtant, si le courant provo tel qu’il était d’abord est mort, ses membres les plus actifs ont continué à s’investir dans les luttes contre la pénurie de logements et les décisions impopulaires. Les comités de quartier, les associations n’ont cessé de se multiplier et c’est l’esprit du mouvement de départ qui se poursuit ici et là.

Il est évident qu’aux Pays-Bas la surface habitable est un problème récurrent. Les Hollandais ont d’ailleurs augmenté la superficie de leur pays par des travaux gigantesques en gagnant sur la mer, par les polders. Et dans ces conditions, tout déplacement des habitants de quartiers de la ville pour permettre une réorganisation immobilière suscite des réactions, génère la création de squats. Les provos sont d’ailleurs les inventeurs du woningbureau Kraker ( littéralement bureau du logement craqueur, squatteur ) qui organise les squats de manière structurée.

Certains provos se nomment aussi kabouters. Des mouvements qui exercent beaucoup d’influence sur l’écologie, l’urbanisme, la psychiatrie ( pour le vivre en ville ). Des centaines de comités, d’associations culturelles mais bizarrement pas de grève, pas d’occupation d’usine …

Le manifeste des serviteurs du peuple qui date de 1970 :

Contre les automobiles,
Egalité des salaires,
Hygiène du milieu urbain,
Squatterisation des logements et bureaux vides,
Santé mentale du peuple,
Mise en place de lieux contre-culturels,
Lutte contre la surproduction et les traitements chimiques en agriculture,
Création de crèches de quartier et d’écoles anti-autoritaires.


Tout n’est évidemment pas à louer dans les idées des provos et Kabouters. Ainsi, on peut se demander où ils voulaient en venir avec cette notion de santé mentale pour le peuple et on peut ne pas être du tout d’accord avec cette idée d’absence d’autorité dans les écoles. Mais ces quelques points mis à part il faut convenir que leurs aspirations sont sociales et humanistes. Les résultats obtenus par les Kabouters en 1970 sont significatifs :

3 à 5.000 logements squattés,
500 militants chargés de l’aide aux personnes âgées,
Création d’une agence de placement pour retraités,
Ouverture de 3 magasins coopératifs en alimentation et artisanat,
Plantation d’arbres dans les rues pour lutter contre les stationnements,
Loi sur les ordures : tri obligatoire.

Et nous étions en 1970 …

Les Pays-Bas sont un pays très particulier avec beaucoup de choses positives même si comme partout, les périodes récentes tendent à changer négativement les mentalités et qu’on peut à juste titre critiquer l’ouverture des autorités – ils en sont revenus – face aux mouvements de drogues ( coffee shops ).

Mais les provos et les kabouters auront marqué leur époque et ce n’est pas un hasard si c’est à Amsterdam que John et Yoko ont organisé leur premier bed-in for peace …

Du monde entier les hippies de tous bords sont venus colorer Amsterdam attirés par la tolérance des autorités. La place du Dam, le Vondelpark devinrent ainsi de hauts lieux de rencontre pour ces communautés.

Rotterdam n’était pas en reste et on se souviendra longtemps de son festival pop de 1970 avec Pink Floyd.

Si les provos et les kabouters étaient justement acceptés, voire populaires parce que proches des habitants qui tolérèrent sans problème les cheveux longs, les tenues vestimentaires extravagantes, les musiques nouvelles … il n’en sera pas de même pour cet afflux artificiel de hippies étrangers qui occupaient les lieux et ne faisaient ni n’apportaient rien de positif… Ils seront donc chassés et suivis par l’arrivée massive d’immigrés …

Je pense qu’il valait la peine d’évoquer ici cette période et ces évènements particuliers en raison de l’impact qu’ils ont eu sur la société en général, avec des points positifs, d’autres beaucoup moins. Et aussi parce qu’ils ont été liés de près à cette évolution musicale de la fin des années soixante. Les Pays-Bas ont toujours été très ouverts à la musique rock, au blues, au jazz. En matière de chansons pop, leur impact est fort sur la population qui dans sa grande majorité parle l’Anglais, le Néerlandais n’étant pas une langue comprise dans beaucoup de pays. La Hollande comme la Belgique étant de plus de petits pays dont une très importante partie de l’activité est dirigée vers l’exportation, l’étranger et donc les langues étrangères.

L’industrie musicale aux Pays-Bas fut très importante dans ces années-là avec des éditions d’albums propres au pays – dont nous bénéficiions en Belgique – et une multitude de bons groupes comme Cuby+Blizzards, Golden Earing ( Radar Love ), Ekseption, Livin’Blues, Focus et plus commercialement mais avec un hit qui a fait du bruit, Shocking Blue ( Venus )…

.. à suivre …
Modifié en dernier par Guy Bonnardeaux le lun. 14 janv. 2013 13:53, modifié 2 fois.

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Jerk
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Re: You can't stop the Music playin'on ( ou petit voyage dan

Message par Jerk » lun. 15 oct. 2012 20:57

:shock: De la lecture, encore ! Toujours ! Merci, Guy ! :pouce:
Lisant ton texte, je vais réécouter quelques-uns des artistes que tu cites, je terminais évidemment par le Blind Willie McTell, de Dylan ... :D

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yan59
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Re: You can't stop the Music playin'on ( ou petit voyage dan

Message par yan59 » lun. 15 oct. 2012 21:04

Merci Guy pour toute cette culture, ces connaissances, autant musicologiques que sociétales! J'ai (encore) beaucoup appris en te lisant! :shock:
Arriver à la cinquantaine a des avantages et des inconvénients : on ne reconnaît plus les lettres de près, mais on reconnaît les cons de loin !

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Boy
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Re: You can't stop the Music playin'on ( ou petit voyage dan

Message par Boy » lun. 15 oct. 2012 23:23

:shock: C'est un "topic" énormissime!!! MERCI, Guy! ;) :kiss3:
"La montagne, couverte d'une jungle épaisse semblable à un tapis de caoutchouc mousse, glissa sous le ventre brillant du Mitchell... Et tout à commencé.

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Re: You can't stop the Music playin'on ( ou petit voyage dan

Message par Guy Bonnardeaux » mer. 17 oct. 2012 21:57

Merci Jerk, Ian Fiftynine and Boy. C'est un chapitre sur lequel il y avait à dire et sur lequel j'ai beaucoup travaillé. Je suis content qu'il vous ait plu ... comme j'espère vous plairont les suivants ...

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Re: You can't stop the Music playin'on ( ou petit voyage dan

Message par Boy » mer. 17 oct. 2012 21:59

:D Nous n'en doutons pas! ;)
"La montagne, couverte d'une jungle épaisse semblable à un tapis de caoutchouc mousse, glissa sous le ventre brillant du Mitchell... Et tout à commencé.

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Re: You can't stop the Music playin'on ( ou petit voyage dan

Message par yan59 » mer. 17 oct. 2012 21:59

ça ne fait pas l'ombre d'un doute! :D
Arriver à la cinquantaine a des avantages et des inconvénients : on ne reconnaît plus les lettres de près, mais on reconnaît les cons de loin !

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